Déshivernage bateau : la checklist pour remettre son bateau à l'eau au printemps

Par Anthony Spanu · Fondateur de Captain Crews · Mis à jour le 2 octobre 2026

Déshiverner un bateau, c'est défaire les protections posées à l'automne, remettre en service moteur, circuits d'eau, batteries et coque, vérifier le matériel de sécurité, puis valider le tout par une sortie d'essai. On s'y prend à la fin de l'hiver, quelques semaines avant la première sortie, le temps de réserver la mise à l'eau et de commander les pièces. Cette checklist suit l'ordre d'un atelier, d'abord à terre, ensuite à flot, et se termine par un exemple de fiche de déshivernage. Les huiles, liquides, filtres et intervalles sont ceux du carnet d'entretien du constructeur de votre moteur et de vos équipements : ce guide donne l'ordre et la logique des opérations, pas les valeurs.

Repartir de la fiche d'hivernage : ce qui a été neutralisé

Le déshivernage se fait à rebours de l'hivernage : chaque protection posée à l'automne appelle un geste au printemps. L'erreur classique tient moins à la technique qu'à un oubli : un moteur démarré avec l'admission d'air encore obturée, une turbine restée dans un tiroir, un bouchon de nable jamais remis. Relisez la fiche d'hivernage et transformez chaque ligne en tâche à défaire ; sans fiche, faites le tour du bateau avec cette liste.

  • Admission d'air et échappement obturés, étiquette « ne pas démarrer » au poste de barre : obturateurs à retirer, étiquette en dernier.
  • Turbine de pompe à eau de mer déposée : à reposer, ou à remplacer, avec un joint de couvercle en bon état.
  • Circuit d'eau de mer, eau douce et WC sous antigel : à rincer.
  • Chauffe-eau vidangé ou mis en dérivation : à remettre en circuit avant de remplir les réservoirs.
  • Batteries débarquées ou isolées : à recharger et remonter.
  • Bouchon de nable retiré et vannes laissées ouvertes à terre : bouchon à remettre, vannes à fermer avant la mise à l'eau.
  • Matériel débarqué (radeau, voiles, électronique amovible, coussins) : à récupérer et remettre en place.

Calendrier type, de la fin de l'hiver à la première sortie

Le printemps est une période chargée pour les chantiers, et certaines pièces demandent un délai de commande : le déshivernage commence par l'agenda.

  • Quelques semaines avant : relire la fiche d'hivernage, réserver la mise à l'eau, commander turbine, filtres, anodes et feux à main, récupérer le radeau s'il était en révision.
  • À terre, avant la mise à l'eau : coque et œuvres vives, vannes et passe-coques, moteur à froid, batteries.
  • Jour de la mise à l'eau : contrôle des entrées d'eau, premier démarrage.
  • Les jours suivants, au ponton : circuits d'eau, électricité, matériel de sécurité, gréement et voiles, puis la sortie d'essai.

Coque, œuvres vives et passe-coques : à faire à terre

Tant que le bateau est sur son ber, tout ce qui se trouve sous la flottaison est accessible sans plongeur : c'est la dernière occasion de l'année. Un antifouling à refaire se passe sur une coque propre et sèche, en respectant le délai de séchage de la peinture avant immersion. Une anode trop consommée ne protège plus les pièces métalliques immergées ; le chantier saura dire si elle doit être changée, et par quel type selon l'eau où navigue le bateau (mer, eau saumâtre ou eau douce).

  • Coque et gelcoat : cloques, chocs, fissures, à commencer par les défauts relevés à l'automne.
  • Anodes : arbre, hélice, embase, propulseur d'étrave et moteur.
  • Hélice (chocs, jeu), arbre et bague hydrolube, presse-étoupe ou joint d'arbre ; sur un saildrive, le soufflet.
  • Safran : jeu de la mèche et état des paliers.
  • Vannes : les manœuvrer toutes, contrôler colliers et tuyaux sous la flottaison.
  • Sondeur, loch et autres capteurs traversants remontés et étanches ; bouchon de nable en place.

Moteur in-bord diesel : la remise en route

Un diesel bien hiverné repart sans difficulté, à condition de ne pas le démarrer trop vite. Pendant l'hiver, l'eau retenue par la part de biodiesel du gazole s'est déposée au fond du réservoir et dans le préfiltre décanteur, et le circuit d'eau de mer est encore plein d'antigel. Démarré à terre, le moteur doit être alimenté en eau, par un tuyau raccordé à la prise d'eau ou par le tuyau d'aspiration plongé dans un seau, et ne jamais tourner à sec : la turbine s'abîme très vite sans eau. L'antigel qui ressort à l'échappement se récupère alors dans un seau au lieu de partir dans le port. Types d'huile et de liquide, couples de serrage et intervalles : suivez le manuel du motoriste.

  • Purger l'eau et les dépôts du préfiltre décanteur ; en cas de doute sur le gazole, changer les filtres avant de démarrer.
  • Si la vidange n'a pas été faite à l'automne, la faire maintenant, avec le filtre à huile.
  • Contrôler les niveaux : huile moteur, liquide du circuit fermé, huile d'inverseur ou d'embase.
  • Inspecter courroies, durites et colliers ; chercher des traces d'huile ou de gazole sous le moteur.
  • Reposer la turbine, retirer les obturateurs, ouvrir la vanne d'eau de mer.
  • Démarrer et vérifier aussitôt que l'eau sort à l'échappement ; sinon, couper le moteur et chercher pourquoi.
  • Laisser monter en température en surveillant voyants, charge et fuites, puis contrôler les niveaux moteur arrêté.
  • Noter le compteur d'heures sur la fiche.

Hors-bord et moteurs à essence

Un hors-bord se remet en route en quelques gestes ; le point délicat est le carburant. L'essence qui contient de l'éthanol, comme le SP95-E10, se conserve mal dans un réservoir ou dans la cuve d'un carburateur : si elle n'a pas été stabilisée à l'automne, mieux vaut vider le réservoir et porter cette essence en déchetterie que de la brûler.

  • Contrôler l'huile d'embase : une huile laiteuse signale une entrée d'eau, à traiter avant la saison.
  • Moteur 4 temps : niveau d'huile, et vidange si elle n'a pas été faite à l'automne.
  • Bougies, durite d'essence, poire d'amorçage et raccords : ni fissure ni fuite.
  • Reposer l'hélice avec de la graisse sur l'arbre, goupille et écrou en place.
  • Démarrer avec des oreilles de rinçage ou dans un bac d'eau, et vérifier que la pissette (le témoin d'eau de refroidissement) donne un jet régulier.
  • Batterie de démarrage chargée ; commandes d'inverseur et de direction souples.

Circuits d'eau, WC et cale

L'antigel non toxique de l'hiver se chasse à l'eau douce, jusqu'à ce qu'elle sorte claire à chaque robinet. C'est aussi le moment de vérifier que le gel n'a rien fendu : un raccord fissuré ne se voit souvent qu'une fois le circuit remis sous pression.

  • Mettre la pompe en route, ouvrir chaque robinet chaud et froid, douchette de cockpit comprise, puis chercher les fuites sous les éviers et aux raccords.
  • WC marins : rincer, contrôler les joints et les vannes de la cuve à eaux noires.
  • Pompe de cale : tester le flotteur en automatique, puis la commande manuelle.
  • Cale propre et sèche avant la mise à l'eau : une eau qui revient ensuite signale une fuite à chercher.

Batteries et électricité

Une batterie chargée puis isolée pour l'hiver repart sans problème ; une batterie restée branchée sans chargeur a pu se décharger profondément. Rechargez chaque parc avant de le remonter, puis testez les circuits un par un au ponton, plutôt que de découvrir un feu de navigation éteint à la nuit tombante.

  • Cosses serrées, bornes protégées de l'oxydation, sens des câbles vérifié.
  • Tester feux de navigation, VHF, instruments, pompe de cale, guindeau, propulseur d'étrave, éclairage intérieur.
  • Contrôler le chargeur de quai et, moteur tournant, la charge de l'alternateur.
  • Chercher le ragage sur les câbles restés à l'humidité.

Matériel de sécurité et papiers

En France, la liste obligatoire pour un bateau de plaisance dépend de l'éloignement d'un abri : matériel basique à moins de 2 milles, côtier de 2 à 6 milles, semi-hauturier de 6 à 60 milles, hauturier au-delà ; le matériel côtier comprend par exemple trois feux rouges à main (Division 240, à jour de l'arrêté du 21 mai 2026). Les feux périmés ne se jettent ni à la poubelle ni en déchetterie et ne restent pas à bord : les magasins d'accastillage partenaires de la filière APER PYRO les reprennent lors de l'achat de produits neufs équivalents.

  • Gilets : sangles et coutures ; sur les modèles automatiques, la cartouche et le système de déclenchement.
  • Extincteurs : date de contrôle ou de remplacement, manomètre dans le vert quand il y en a un.
  • Feux à main, radiobalise, radeau, trousse de secours : dates de péremption ou de révision.
  • Bouée, ligne de mouillage, écope et lampe étanche à leur place.
  • Papiers : titre de navigation, attestation d'assurance, contrat de port à jour.

Mise à l'eau et sortie d'essai

Certains contrôles ne se font qu'à flot. Restez à bord pendant la mise à l'eau, ou demandez au chantier de garder le bateau quelques minutes dans les sangles : en cas d'entrée d'eau, il peut encore le ressortir. Viennent ensuite le premier démarrage à flot, puis une sortie courte par temps maniable, sans programme ambitieux.

  • Dans les sangles : ouvrir les vannes une à une ; aucune entrée d'eau aux passe-coques, à l'arbre, au safran ou à l'embase.
  • Au ponton : démarrage, eau à l'échappement, montée en température, marche avant et marche arrière.
  • En sortie : direction, instruments, pilote ; sur un voilier, envoyer chaque voile et essayer enrouleurs et winchs.
  • Au retour : cale sèche, niveaux, tension de courroie, et la liste de ce qui reste à régler.

Exemple de fiche de déshivernage (fictive)

Exemple fictif, qui fait suite à la fiche d'hivernage donnée en exemple dans notre checklist d'hivernage : un voilier de 10 m avec un moteur in-bord diesel et une embase saildrive, hiverné à terre avec 1 412 heures au compteur. La fiche de printemps reprend chaque ligne « à remettre en service » de l'automne.

  • En-tête : travaux du 22 mars au 9 avril 2027 par le mécanicien du chantier, mise à l'eau le 9 avril ; compteur toujours à 1 412 h, donc personne n'a démarré le moteur pendant l'hiver.
  • À terre : les trois cloques notées à l'automne examinées par le chantier, à surveiller ; anode d'hélice remplacée, soufflet du saildrive contrôlé, vannes manœuvrées puis fermées.
  • Moteur : préfiltre purgé (un peu d'eau), turbine reprise dans la table à cartes et reposée, obturateurs retirés puis étiquette du poste de barre, niveaux contrôlés.
  • Eau et énergie : chauffe-eau remis en circuit, circuits rincés, pompe de cale testée ; batteries rapportées par le propriétaire, chargées et remontées.
  • Sécurité : radeau revenu de révision (prochaine date notée), feux à main neufs, anciens rapportés au magasin ; voiles remises en place.
  • À flot : aucune entrée d'eau ; sortie d'essai le 10 avril, compteur à 1 414 h ; un feu de navigation à revoir avant la saison.

Déshiverner plusieurs bateaux avec une seule checklist

Dans Captain Crews, logiciel de gestion nautique, cette checklist s'enregistre une fois comme travail type « Déshivernage », répété chaque année au mois choisi : il crée une fiche d'atelier par bateau et par mécanicien. L'étape « heures moteur » met à jour le compteur, une fiche ne se clôt pas tant qu'une étape n'est ni cochée ni sautée, et la fiche d'hivernage se relit dans le suivi d'entretien du bateau. Le registre de sécurité prévient avant l'échéance des feux à main ou des extincteurs.

Questions fréquentes

Quand faut-il déshiverner son bateau ?+

À la fin de l'hiver, quelques semaines avant la première sortie prévue : souvent en mars ou en avril, plus tôt là où la saison commence tôt. Le printemps est chargé pour les chantiers : réservez la mise à l'eau à l'avance et commandez turbine, filtres, anodes et feux à main dès la relecture de la fiche d'hivernage.

Dans quel ordre faire le déshivernage d'un bateau ?+

À rebours de l'hivernage, en commençant par ce qui ne se fait qu'à terre : coque, anodes, vannes et passe-coques, puis moteur à froid et batteries. Le jour de la mise à l'eau viennent le contrôle des entrées d'eau et le premier démarrage. Restent les circuits d'eau, l'électricité, le matériel de sécurité, puis une sortie d'essai courte par temps maniable.

Comment redémarrer un moteur de bateau après l'hiver ?+

Avant de tourner la clé : purgez le préfiltre décanteur, contrôlez les niveaux, reposez la turbine si elle a été déposée, retirez les obturateurs et ouvrez la vanne d'eau de mer. Démarrez avec une arrivée d'eau, jamais à sec, et vérifiez aussitôt que l'eau sort à l'échappement. Laissez monter en température en surveillant fuites et voyants, puis recontrôlez les niveaux.

Que faire des feux de détresse périmés ?+

Ne les jetez ni à la poubelle ni en déchetterie, et ne les gardez pas à bord. En France, les magasins d'accastillage partenaires de la filière APER PYRO reprennent les feux à main, fumigènes et fusées périmés quand vous achetez des produits neufs équivalents, selon le principe du « un pour un ». Relevez toutes les dates au déshivernage.

Peut-on déshiverner son bateau soi-même ?+

Oui pour une grande partie : rincer les circuits d'eau, remonter les batteries, tester l'électricité, vérifier le matériel de sécurité, remettre les voiles. Le moteur et les passe-coques demandent plus de méthode : si vous n'avez jamais remis un diesel en route ni changé une turbine, confiez-les à un mécanicien. Dans tous les cas, partez de la fiche d'hivernage.

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