Checklist hivernage bateau : préparer son bateau pour l'hiver, étape par étape
Par Anthony Spanu · Fondateur de Captain Crews · Mis à jour le 2 octobre 2026
Hiverner un bateau, c'est le préparer à plusieurs mois d'arrêt : vidanger et protéger le moteur, purger tous les circuits d'eau, charger puis isoler les batteries, nettoyer et inspecter la coque, assécher l'intérieur et noter tout ce qui a été fait. On s'y prend en général en octobre ou en novembre, après la dernière sortie et avant les premières gelées. Cette checklist suit l'ordre d'un atelier, système par système, avec un exemple de fiche d'hivernage. Les huiles, antigels, filtres et intervalles sont ceux du carnet d'entretien du constructeur de votre moteur et de vos équipements : ce guide donne l'ordre et la logique des opérations, pas les valeurs.
À terre ou à flot : la décision qui commande le reste
Hiverner à terre, sur un ber ou des béquilles, met la coque au sec : elle sèche, s'inspecte de près et ne craint plus une vanne qui suinte. C'est la solution la plus protectrice, avec un coût de manutention et de stationnement à demander au chantier. Hiverner à flot évite la manutention mais laisse le bateau exposé aux coups de vent, au ragage et aux entrées d'eau. Ce choix ne change que les lignes ci-dessous ; le reste de l'article vaut dans les deux cas. Relisez aussi votre contrat d'assurance et celui du port ou du chantier : certains fixent des conditions pour l'hivernage.
- À terre : bateau calé par le chantier, bâche ventilée, bouchon de nable retiré pour évacuer la pluie, position de chaque vanne notée.
- À flot : amarres doublées et protégées du ragage, pare-battages en nombre, pompe de cale automatique testée et alimentée (chargeur de quai ou batterie dédiée).
- À flot : vannes fermées sauf les vidanges de cockpit, qui restent ouvertes ; un numéro laissé au bureau du port ; une visite après chaque coup de vent.
Calendrier type, de la dernière sortie au printemps
Un hivernage se prépare avant la sortie d'eau : l'automne est chargé pour les chantiers et certaines pièces demandent un délai de commande. Adaptez ce calendrier à votre région.
- Quelques semaines avant : réserver la sortie d'eau, commander filtres, turbine, anodes, huile et antigel non toxique, lister ce qui a mal fonctionné pendant la saison.
- Dernière sortie : faire chauffer le moteur (la vidange se fait moteur chaud), relever le compteur d'heures, faire le plein de gazole.
- Sortie d'eau : laver la carène avant que les salissures ne sèchent.
- Jours suivants : le moteur, puis le reste, dans l'ordre des sections ci-dessous.
- Pendant l'hiver : des visites régulières (bâche, pluie, humidité, batteries, amarres à flot), et une de plus après une tempête ou du gel.
Moteur in-bord diesel : la checklist de l'atelier
C'est le poste où un oubli coûte le plus cher. Trois objectifs : ne laisser dans le moteur ni huile usagée ni eau de mer, empêcher le gazole de se dégrader, rendre impossible un démarrage par erreur. Un réservoir presque plein laisse moins d'air, donc moins de condensation ; or le gazole vendu à la pompe contient une part de biodiesel (EMAG) qui retient l'eau, et c'est dans cette eau, au fond du réservoir, que prolifèrent les micro-organismes qui colmatent les filtres. Huiles et filtres usagés vont au point de collecte du port ou en déchetterie.
- Vidanger l'huile moteur chaud et changer le filtre à huile.
- Changer les filtres à gazole et purger l'eau du préfiltre décanteur.
- Réservoir plein : ajouter un biocide si le préfiltre a montré de l'eau ou des dépôts.
- Rincer le circuit d'eau de mer à l'eau douce, puis faire aspirer un antigel non toxique par la crépine, moteur tournant, jusqu'à ce qu'il ressorte à l'échappement.
- Déposer la turbine de la pompe à eau de mer pour que ses ailettes ne restent pas pliées, et noter où elle est rangée.
- Contrôler le niveau et la protection antigel du liquide de refroidissement du circuit fermé.
- Vidanger l'huile d'inverseur ou d'embase si elle est due ; sur un saildrive, inspecter le soufflet.
- Contrôler les anodes du moteur et le coude d'échappement.
- Obturer l'admission d'air et l'échappement, puis poser au poste de barre une étiquette « Moteur hiverné, ne pas démarrer ».
Moteur hors-bord et moteurs à essence
En position verticale, un hors-bord se vide en grande partie de son eau de refroidissement, mais le sel reste dans ses passages. L'essence vendue en station contient de l'éthanol (le SP95-E10, par exemple), qui supporte mal un long séjour dans un réservoir ou dans la cuve d'un carburateur. Selon le moteur, on stabilise le carburant ou on vide le carburateur en coupant l'arrivée d'essence et en laissant tourner le moteur jusqu'à l'arrêt.
- Rincer à l'eau douce avec des oreilles de rinçage, moteur en marche.
- Vidanger l'huile d'embase : une huile laiteuse signale une entrée d'eau, donc un joint à changer avant la saison.
- Moteur 4 temps : vidange et filtre à huile.
- Graisser l'axe de direction ; déposer l'hélice et vérifier qu'aucun fil de pêche n'entoure l'arbre.
- Stocker le moteur droit et au sec, la batterie de démarrage chargée à part, les réservoirs portables vidés ou traités dans un endroit ventilé.
Circuits d'eau : l'eau qui reste est l'eau qui gèle
L'eau piégée dans un point bas, une pompe ou derrière un robinet fermé suffit à fendre un raccord quand elle gèle. La méthode ne change pas : vider, ouvrir, puis protéger ce qui ne se vide pas avec un antigel non toxique à base de propylène glycol, vendu pour le nautisme ou l'eau potable. Un antigel automobile à l'éthylène glycol, toxique, n'a rien à faire dans un circuit qui rejette à la mer ou qui transporte de l'eau à boire. Dessalinisateur et climatisation ont leur propre mise en sommeil, à voir avec l'installateur.
- Eau douce : vider les réservoirs, ouvrir tous les robinets (chaud et froid, douchette de cockpit comprise), purger la pompe.
- Chauffe-eau : le vidanger, puis le mettre en dérivation pour que l'antigel n'y entre pas.
- Points bas : faire passer l'antigel jusqu'à ce qu'il sorte à chaque robinet.
- WC marins : rincer à l'eau douce, faire passer l'antigel, vider la cuve à eaux noires à la station de pompage du port.
- Cale : nettoyer et sécher le puisard, vérifier crépine et flotteur de la pompe.
- Vannes et passe-coques : les manœuvrer toutes, contrôler colliers et tuyaux, noter la position laissée pour l'hiver.
Batteries et électricité
Une batterie branchée se décharge par les petites consommations permanentes, et une batterie au plomb déchargée gèle plus facilement qu'une batterie chargée : d'abord la charge complète, ensuite l'isolement. À terre, les batteries se débarquent dans un local sec et hors gel, ou restent à bord sur un chargeur d'entretien si le chantier fournit le courant. À flot, seule la pompe de cale reste alimentée. Une batterie lithium se stocke autrement : vérifiez le niveau de charge prévu pour un long arrêt.
- Charger chaque parc à fond, puis couper les coupe-batteries (sauf la pompe de cale à flot).
- Nettoyer les cosses et les protéger de l'oxydation.
- Noter l'âge et l'état de chaque batterie, pour budgéter un remplacement.
- Débrancher le câble de quai si personne ne passe ; débarquer l'électronique amovible.
Coque, pont, gréement et voiles
La sortie d'eau est le meilleur moment de l'année pour regarder les œuvres vives. Lavez la carène tout de suite, sur une aire de carénage qui récupère les eaux de lavage, puis inspectez à sec. L'antifouling se refait à l'automne, coque propre et sèche, ou au printemps avant la remise à l'eau, selon l'état de l'ancienne couche, le planning du chantier et le délai maximal avant immersion indiqué sur la fiche technique de la nouvelle peinture. Sur le pont, l'eau ne doit jamais stagner, et une bâche doit laisser passer l'air, sinon elle enferme l'humidité.
- Inspecter coque et gelcoat (cloques, chocs, fissures), anodes, hélice, arbre, presse-étoupe ou joint d'arbre, safran et passe-coques ; photographier et dater chaque défaut.
- Dégager les évacuations de pont et de cockpit.
- Voilier : débarquer les voiles, les rincer à l'eau douce et les sécher avant de les plier ; contrôler ridoirs, axes et goupilles.
- Mât en place : vérifier la tension du gréement, écarter les drisses du mât.
- Bâche : ventilée, tendue, sans frottement sur le gelcoat.
Intérieur, matériel de sécurité et papiers
Dans un bateau fermé, l'humidité fait plus de dégâts que le froid : tout ce qui retient l'eau (coussins, literie, cartons, vivres) sort, et l'air doit circuler. L'hiver est aussi le moment du matériel de sécurité : un radeau de survie se révise dans une station agréée par son fabricant, à réserver tôt, et les feux à main périmés se remplacent. En France, la liste du matériel obligatoire dépend de la distance d'éloignement d'un abri (Division 240 pour les bateaux de plaisance) ; les dates de péremption sont inscrites sur chaque produit.
- Laisser coffres, réfrigérateur et équipets entrouverts.
- Placer des absorbeurs d'humidité et garder une aération sous la bâche.
- Radeau de survie : le déposer en station si sa révision est due.
- Relever les dates au même endroit : feux à main, extincteurs, radiobalise, gilets automatiques, trousse de secours.
- Papiers : contrat de chantier ou de port, conditions d'hivernage de l'assurance, échéances de l'année à venir.
Exemple de fiche d'hivernage (fictive)
Exemple fictif : un voilier de 10 m avec un moteur in-bord diesel et une embase saildrive, hiverné à terre dans un chantier. La fiche tient en une page : ce qui a été fait, à combien d'heures moteur, par qui, et surtout ce qui a été neutralisé. Cette dernière liste évite, au printemps, de démarrer un moteur dont l'admission est encore obturée.
- En-tête : date de sortie d'eau (06/11/2026), compteur moteur à 1 412 h, travaux faits par le mécanicien du chantier.
- Moteur : vidange et filtre, deux filtres à gazole, préfiltre purgé (un peu d'eau), plein avec biocide, circuit d'eau de mer rincé puis antigel, huile du saildrive changée, soufflet sain, anode d'embase remplacée.
- Eau et WC : réservoirs vidés, chauffe-eau isolé et vidangé, antigel aux robinets et dans les WC, cuve à eaux noires vidée.
- Coque : trois petites cloques sous la flottaison à tribord, photographiées, à faire examiner au printemps.
- Énergie et sécurité : batteries chargées et emportées par le propriétaire, radeau en révision, feux à main à remplacer avant la saison.
- À remettre en service au printemps : turbine déposée (rangée dans la table à cartes), admission d'air et échappement obturés, étiquette au poste de barre, vannes laissées ouvertes à terre, chauffe-eau en dérivation, batteries, radeau, voiles.
Hiverner plusieurs bateaux avec une seule checklist
Pour un chantier ou une société de gestion, la difficulté est d'appliquer la checklist à l'identique sur chaque bateau, de savoir qui a fait quoi et de retrouver la fiche au printemps. Dans Captain Crews, logiciel de gestion nautique, cette checklist s'enregistre une fois comme travail type « Hivernage », avec une ligne par bateau et son mécanicien. D'un geste, il crée une fiche d'atelier par ligne, et peut recommencer chaque année au mois choisi. L'étape de relevé des heures, reliée au moteur, met à jour ses heures sur la fiche du bateau. Chaque étape accepte un commentaire (« turbine en table à cartes ») et les photos sont horodatées. Au printemps, la fiche d'automne est dans le suivi d'entretien du bateau.
Questions fréquentes
Quand faut-il hiverner son bateau ?+
En général en octobre ou en novembre, après la dernière sortie de la saison et avant les premières gelées : c'est l'eau restée dans le moteur et dans les circuits qui craint le gel. Là où il gèle rarement, comme sur une grande partie de la côte méditerranéenne, l'hivernage vise surtout l'humidité, la corrosion et les batteries.
Vaut-il mieux hiverner son bateau à terre ou à flot ?+
À terre, la coque sèche, s'inspecte à fond et ne risque plus d'entrée d'eau : c'est la solution la plus protectrice, mais elle ajoute la manutention et le stationnement au chantier. À flot, le bateau reste prêt à naviguer et vous évitez ces frais, mais il demande des amarres doublées, une pompe de cale alimentée et des visites régulières. Vérifiez aussi ce que prévoit votre assurance pour l'hivernage.
Faut-il faire la vidange du moteur avant ou après l'hiver ?+
Avant. L'huile usagée contient des résidus acides de combustion et parfois de l'eau, qui resteraient au contact des pièces du moteur pendant tout l'arrêt. Vidangez moteur chaud, changez le filtre, puis laissez l'huile neuve circuler pendant que vous passez l'antigel dans le circuit d'eau de mer. Notez la date et les heures moteur : la prochaine vidange se compte à partir de là.
Quel antigel utiliser pour hiverner un bateau ?+
Pour le circuit d'eau de mer du moteur, l'eau douce et les WC, un antigel non toxique à base de propylène glycol, vendu pour le nautisme ou l'eau potable. Jamais d'antigel automobile à l'éthylène glycol, toxique, dans un circuit qui rejette à la mer ou transporte de l'eau à boire. Le circuit fermé de refroidissement garde son propre liquide : contrôlez son niveau et sa protection contre le gel.
Peut-on hiverner son bateau soi-même ?+
Oui pour une grande partie : vider les circuits d'eau, charger et débarquer les batteries, assécher l'intérieur, débarquer les voiles. Le moteur demande plus de méthode (vidange, filtres, antigel, turbine) : si vous ne l'avez jamais fait, confiez-le à un mécanicien. Dans les deux cas, gardez une fiche datée de ce qui a été fait et de ce qui a été neutralisé, pour ne rien oublier au déshivernage.
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